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<teiHeader><fileDesc><titleStmt><title/><author>Heloise Torck</author></titleStmt><editionStmt><edition><date>2018-01-31</date></edition></editionStmt><publicationStmt><p>unknown</p></publicationStmt><sourceDesc><p>Converted from a Word document</p></sourceDesc></fileDesc><encodingDesc><appInfo><application xml:id="docxtotei" ident="TEI_fromDOCX" version="2.15.0"><label>DOCX to TEI</label></application></appInfo></encodingDesc><revisionDesc><listChange><change><date>2018-02-01T04:47:41Z</date><name>Heloise Torck</name></change></listChange></revisionDesc></teiHeader><text><body><div><div><head>« <ref annotationId="ent_41" target="http://peel.library.ualberta.ca/newspapers/CDW/1915/01/14/3/">Chronique. La Réhabilitée</ref> », Le Courrier de l’ouest, <date annotationId="ent_42" when="1915-01-14" cert="high">14 janvier 1915</date>, p. 3.</head><p>	Nous les avons déjà entendus les pessimistes, les éteigneurs d’enthousiasme, les tristes, ceux pour qui le Verbe est sans sonorité, s’indigner contre l’écho trop facile que trouvent en la presse française, le cri profond et héroïque d’une mère, la vibration poignante d’un amour de femme. « Prenez garde, disent-ils, que votre geste pieux ne se transforme pas en un geste sacrilège ». Ceux-là sont des « hors l’époque », ils sont demeurés à mi-côté pendant que les autres atteignaient les sommets : il n’y a plus liaison entre eux; ils ne se comprennent plus.</p><p>	Ceux-là, nous les laisserons s’isoler dans leur tristesse sans rayonnement, et nous continuerons de communiquer à la Beauté que diffuse l’âme de la martyre moderne. Plaise à Dieu que le prétendu geste profanateur soit le geste béni qui réhabilite, aux yeux de l’étranger, la grande méconnue! Qu’elle soit exposée sur la scène mondiale, qu’elle y joue un premier rôle : elle l’ignore, elle n’y songe pas. Grande dame, « arpète », paysanne, bourgeoise ou ouvrière, elle n’a point attitude d’héroïne : elle soigne, elle prie, elle tricote; plus souvent, elle travaille pour donner la becquée à ses petits ou bien elle a pris la direction de la boutique, de l’usine ou de la ferme pour sauvegarder l’avenir du foyer.</p><p>	Elle a tout donné, en donnant son mari ou ses fils. Toute sa joie de vivre peut être morte demain… Elle vit d’espoir, cramponnée à ses souvenirs de bonheur qui doivent, semble-t-il, la préserver. Il lui arrive d’oublier, une minute, les aimés qui l’entourent pour ne penser qu’à celui qui est là-bas et qu’une hallucination torturante lui montre blessé, déchiqueté par l’éclat d’obus, mourant! Et c’est bien une agonie qu’elle traverse, et il faut toute la Foi merveilleuse pour ne pas maudire. Mais toujours, sa pensée revient au passé si cher et si proche, comblé de joies rares ou d’épreuves subies en commun et qui étaient si douces! Il reviendra! L’amour, la tendresse des femmes ne sont-ils plus créateurs de miracles?</p><p>	Hélas! non. Une balle droit au front et s’en est fait du passé d’amour. Alors, après que la première rafale de couleur l’a courbée l’espace d’un instant, elle se redresse : de sa douleur, elle veut encore faire de la Beauté, de l’Espoir, elle écrit :</p><p>	« Mon mari est au ciel. Il a quitté la terre de la plus noble, de la plus belle façon qu’on aurait pu lui souhaiter si on avait voulu l’aimer exclusivement pour lui-même, et non pour soi. Aussi m’aide-t-il à trouver peu à peu que tout cela est bon, que tout cela est une attention de Dieu auquel j’avais toujours demandé deux seules choses : que François soit toujours submergé de bonheur par moi, jusqu’à la fin, et que notre amour réside entièrement en tout ce qu’il y a de plus beau et de plus pur, et cela pour l’éternité. – Je crois que ma prière s’exauce quoique ma vie soit bien dure. François, après avoir fait l’admiration de son colonel qui me l’a écrit par deux fois, de ses camarades et de ses hommes, par son sang-froid et son héroïsme; après avoir gagné ses galons en sauvant sa compagnie à B… et avoir été cité deux fois à l’ordre de l’armée; après avoir ému son ami et compagnon d’armes, de qui je tiens tous ces détails, par la profonde piété avec laquelle il était allé recevoir le Bon Dieu avant de repartir aux tranchées; et après lui avoir parlé en termes attendris de moi, lui qui ne se livre jamais – est allé remonter le moral des hommes le 23 aux tranchées, et en y allant a été frappé d’une balle, toute droit, il a été tué raide. Quelques instants avant, une lettre de sa mère lui était remise, lui annonçant doucement la mort de Paul – son frère – sous le coup, il m’avait griffonné quelques mots, et quels mots! Tout son courage et toute sa foi en Dieu y tiennent. Il me promettait d’être plus prudent que jamais, à cause de moi, quand son devoir le permettrait. Le Bon Dieu n’a pas voulu qu’il souffre davantage et Paul s’est précipité jalousement pour l’emmener d’un bond au ciel. Il m’est doux de penser qu’il ne s’est écoulé que quelques secondes entre sa vie ordinaire, courageuse et si confiante, et le bonheur stupéfiant qui est le sien. Tout lui a été épargné, jusqu’à la douleur de me laisser seule.</p><p>	“Depuis, il est près de moi… Il m’avait promis, au moment de partir, bien des souffrances pour moi, mais que sûrement je le retrouverais à la fin de la guerre. La guerre n’est pas finie, sa tendresse est plus grande que jamais, sa confiance et sa toute-puissance aussi… J’attends appuyée sur sa tendresse immortelle qu’il me tire vers le Bon Dieu comme il m’avait promis de le faire, sur terre… Ce sera peut-être en tous cas le plus tôt qu’il le pourra : de cela, je suis sûre, comme je suis sûre de la tendresse du cœur de Jésus qui veut nous donner une si belle vie conjugale, comme nous lui avons demandé; — si intime, si parfaite que le ciel seul sera digne de l’abriter…”</p><p>	Quelle foi et quel amour! Et l’authenticité de cette lettre, nous est garantie par un écrivain dont la sincérité ne peut être mise en doute. Je voudrais terminer par les quelques lignes qui font suite à cette belle lettre. “Ce cri d’amour conjugal monte jusqu’au ciel. Pourtant il ne faut pas l’isoler. Il n’est qu’une note, plus puissante et plus émouvante dans l’admirable symphonie de la famille française. On l’avait si peu comprise, on la connaissait si mal, on l’avait tant calomniée. Son heure est venue : elle montre aujourd’hui sa force de dévouement et de sacrifice. Tout le long de son histoire, elle a prouvé pareillement son sens de l’ordre, sa patience, ses vertus tenaces et tout naturellement, quand l’occasion l’exige, sa perfection dans la tendresse et dans l’amour. Cette guerre, c’est sa revanche en attendant qu’elle soit celle de la France. </p></div></div></body></text></TEI>
