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<teiHeader><fileDesc><titleStmt><title/><author>Heloise Torck</author></titleStmt><editionStmt><edition><date>2018-01-31</date></edition></editionStmt><publicationStmt><p>unknown</p></publicationStmt><sourceDesc><p>Converted from a Word document</p></sourceDesc></fileDesc><encodingDesc><appInfo><application xml:id="docxtotei" ident="TEI_fromDOCX" version="2.15.0"><label>DOCX to TEI</label></application></appInfo></encodingDesc><revisionDesc><listChange><change><date>2018-02-01T04:47:24Z</date><name>Heloise Torck</name></change></listChange></revisionDesc></teiHeader><text><body><div><div><head>« <ref annotationId="ent_51" target="http://peel.library.ualberta.ca/newspapers/CDW/1914/10/29/3/Ar00300.html">Chronique. Les Filandières</ref> », Le Courrier de l’ouest, <date annotationId="ent_52" when="1914-10-29" cert="high">29 octobre 1914</date>, p. 3.</head><p>	… « Il est tout jeune, songez qu’il appartient à la classe de 1915! C’est presque un enfant et pas très robuste, et, à la maison, sa sœur aînée et moi le gâtions encore, comme on gâte le benjamin… Je n’arrive pas à m’expliquer cet oubli de la part de son père! Avant le départ, dans la cour de la ferme, pendant qu’on attelait, je lui ai répété dix fois : “Tu n’oublieras pas de donner à Jean la petite valise brune, tous ses vêtements de laine sont dedans… Et toi, mon petit gars, tu en prendras bien soin de ta petite valise brune… Vois-tu, je me souviens de l’hiver terrible de 70… Et lui riait et m’embrassait à la fois : ‘Mets-toi donc bien dans la tête, maman, que 70 et 1914, ça se ressemble comme la nuit et le jour…! Nous aurons un hiver splendide et je te les rapporterai tous, intacts, tes ‘vêtements de laine bien chauds’! Cela c’est de la belle insouciance de vingt ans, mais je m’inquiétais quand même, alors, sérieux, il m’a promis d’être prudent, de se bien couvrir. Mais je vous le demande, avec quoi se couvrira-t-il puisque, au retour de la gare, dans le caisson du boghei, j’ai trouvé la petite valise brune oubliée!... J’en ai pleuré! Comment lui faire parvenir? À quelle adresse? Où sera-t-il incorporé?... Pendant toute une semaine, j’ai pleuré en songeant que mon pauvre petit si délicat aura froid cet hiver. Pour me consoler, ma fille me disait bien qu’en France, il trouvera à acheter ce qu’il lui faut; mais, il ne fera pas froid encore quand il arrivera, et il est si insoucieux! Et quand le froid le décidera à cet achat qui sait si les approvisionnements ne seront pas épuisés? Et puis, comment discernera-t-il du coton de laine? Ah! Pendant toute cette semaine, je suis demeurée bien inquiète! Hier, un petit Breton, pas riche, a passé par la ferme. Il rejoint aussi. Alors, j’ai eu une idée. Je lui ai remis la petite valise brune. S’il retrouve Jean, il lui donnera la moitié du contenu, sinon il partagera avec un autre, car elle est bien bourrée pour deux, la valise!... Je suis plus tranquille maintenant, comme si j’étais assurée qu’une autre maman prendra soin de mon fils, si le petit breton ne peut le retrouver…’</p><p>	Oui, maman du petit soldat Jean, soyez tranquille, et vous, toutes les mamans et les épouses qui vous rappelez douloureusement combien la valise du départ était légère. Là-bas, les autres mamans, les autres épouses, pensent aux vôtres en pensant aux leurs et de toutes parts les vêtements chauds, les couvertures viennent s’entasser aux sièges de plusieurs œuvres.</p><p>	L’un de ceux qui avec leur plume, combattent et nous donneront la victoire de concert avec leurs frères d’armes, les soldats, l’un des merveilleux professeurs d’énergie qui ont recréé l’âme nationale : Maurice Barrès, notre Barrès, a lancé un appel et, deux jours plus tard, des ballots de tricots de flanelle partaient vers ceux qui frissonnaient de froid dans l’humidité des tranchées.</p><p>	Au siège de l’une de ces œuvres, le Foyer, un registre est ouvert aux donateurs. ‘Voulez-vous inscrire votre nom, Madame, demande-t-on?’ ‘Est-ce nécessaire, Monsieur?’ ‘Non, assurément, mais à simple titre de souvenir.’ Oh! Alors, ce n’est pas la peine… c’est si peu de chose… La charité n’a pas de nom.” D’autres joignent à leur paquet une petite note. Je copie quelques-unes de ces notes relevées par la “Revue hebdomadaire”. “Un combattant de 1870 qui a reçu cette couverture sur le champ de bataille du Mans et est heureux de pouvoir l’offrir aux soldats de la Revanche!” Et la précieuse relique donnera un peu de réconfort à l’un de ceux dont nous sommes fiers. “Puisse cette couverture contribuer à endormir un peu de mal.”</p><p>	“En reconnaissance des soins donnés à mon fils à Bordeaux.” “Pour nos pioupious français. Vive la France!” “Je suis réformé, alors j’ai apporté cela pour les camarades.” “Voici deux gilets de flanelle, ça n’y fait rien, n’est-ce pas, s’il y a deux petites médailles cousues dedans?” “Ces deux couvertures m’ont été données par charité, c’est bien le moins que je les rende!” Et cette autre, sœur de la maman du petit soldat Jean : “Mon mari est à la guerre, cela servira à un autre, mais cela lui portera bonheur.”</p><p>	Et les aiguilles et les crochets vont aussi leur train entre les mains fébriles et actives des femmes de France, et bientôt tous nos soldats pourront glisser leurs membres brisés de fatigue dans la douceur tiède de la laine façonnée par les femmes de leurs pays.</p><p>***</p><p>	Je ne puis défendre mon esprit d’une vision lointaine… Dans la cour immense, ombragée d’arbres, semée de gravier blond, les “grandes”, presque grandes avec leur long sarrau d’escot noir, chantent une ronde mélancolique. Chanter cette ronde, non pas la danser ou la sauter, mais la marcher lentement, posément, avec recueillement, pourrait-on dire, c’est leur privilège. À seize ans, à dix-sept ans, jouer, courir, n’a plus d’attraits, mais la règle du pensionnat est sévère : les élèves doivent jouer pendant les récréations. Alors les mains qui déjà s’allongent et se blanchissent comme des mains, se nouent mollement et les grands sarraus noirs tracent un grand cercle sombre sur le gravier blond et les voix psalmodient la ronde séculaire.</p><p>	“… Le prince Noir ne connaît pas la haine</p><p>— Messire Bertrand, je brise votre chaîne,</p><p>Vous fixerez vous-même votre rançon.</p><p>— Cent mille écus, dit le héros breton…”</p><p>Et le refrain, le refrain je l’entends encore et il fait plus battre mon cœur qu’au temps où je “marchais” la ronde sous le grand sarrau noir…</p><p>“Filez, filez, femmes de la Bretagne</p><p>Pour rendre à la France, à l’Espagne</p><p>Messire Bertrand du Guesclin!”</p><p>Oh! Oui, filez encore, femmes de la Bretagne et de toute la France, chères mobilisées de là-bas, vous qui êtes voisine de leurs souffrances et de leurs privations, ô vous que nous envions, sachez les aimer et les dorloter avec vos cœurs à vous et nos cœurs à nous!...</p></div></div></body></text></TEI>
