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<teiHeader><fileDesc><titleStmt><title/><author>Heloise Torck</author></titleStmt><editionStmt><edition><date>2018-01-31</date></edition></editionStmt><publicationStmt><p>unknown</p></publicationStmt><sourceDesc><p>Converted from a Word document</p></sourceDesc></fileDesc><encodingDesc><appInfo><application xml:id="docxtotei" ident="TEI_fromDOCX" version="2.15.0"><label>DOCX to TEI</label></application></appInfo></encodingDesc><revisionDesc><listChange><change><date>2018-02-01T04:48:07Z</date><name>Heloise Torck</name></change></listChange></revisionDesc></teiHeader><text><body><div><div><head>« Chronique. Une héroïne de 17 ans », Le Courrier de l’ouest, <date annotationId="ent_50" when="1916-01-06" cert="high">6 janvier 1916</date>, p. 2.</head><p>	Entre son père, un porion médaillé retraité après trente ans de service, et sa mère, Mlle Émilienne Moreau vivait à Loos quand la guerre éclata.</p><p>	Studieuse par goût, plus sérieuse que ne le sont en général les jeunes filles de son âge. Elle préparait son brevet élémentaire. Elle voulait être institutrice.</p><p>	Un matin d’octobre, des Allemands arrivèrent à Loos. Derrière eux. Des masses d’infanterie encerclèrent le village, elles y entrèrent, elles y campèrent, elles s’y établirent.</p><p>	Pendant une année, elles y restèrent. Pendant une année, dans sa petite maison de la Grand-Place, en face de la mairie, Mlle Émilienne Moreau tient tête aux envahisseurs.</p><p>	Par sa conduite exemplaire, son attitude calme, résolue toujours, par sa présence d’esprit constamment en éveil, elle réussit à imposer le respect aux officiers allemands comme aux soldats. Elle fut la sauvegarde du foyer quotidiennement menacé, la protectrice de sa mère, de son petit frère, un blondin de dix ans. Elle fut l’ange gardien qui, des nuits et des nuits, veilla au chevet de son père et défendit son agonie contre la présence de l’ennemi détesté. Ce père mourut de chagrin et aussi faute des soins que nécessitait son état. Il fallut l’ensevelir. Il n’y avait pas de menuisier, pas de bois, rien. Du bois, Mlle Émilienne Moreau en trouva dans les lignes allemandes, et, aidée de son frère, elle fit un cercueil à la dépouille mortelle de son père!</p><p>	Tout cela n’est rien encore. Septembre approche, Mlle Émilienne Moreau remarque que les Allemands sont inquiets, préoccupés. On dit que les Anglais avancent, que les Écossais, les haris et superbes highlanders sont proches, qu’ils vont attaquer. Si c’était vrai! Et pour la première fois, depuis que Loos a été envahie, Mlle Émilienne Moreau néglige les enfants, que l’autorité allemande a confiés à sa garde. Elle monte jusqu’au grenier de sa maison. Elle s’y couche à plat ventre. De cet observatoire, elle domine le champ de bataille. Elle reste là trois jours, pétrifiée d’horreur et de sublime, oubliant la faim, la soif; oubliant tout, regardant!</p><p>	Autour de sa maison, les obus éclatent comme autant de tonnerres. Les murs tremblent, les toitures s’écroulent. Aux cris des mourants succèdent des vociférations de triomphe. Victoire! Les Allemands sont chassés. Les Anglais sont dans la ville. Enfin!</p><p>	En hâte, elle quitte sa maison. Des cadavres jonchent les rues. Il y a du sang partout. Des blessés râlent à ses pieds. À leurs costumes pittoresques, elle reconnaît ces highlanders fameux que les Allemands redoutaient tant. Un à un, elle les soulève. Elle n’est pas bien forte, mais sa volonté décuple ses muscles. Elle fait boire les uns, panse les autres. Elle les couche comme elle peut, aussi bien qu’elle peut, et les chirurgiens anglais la trouvent penchée sur ces braves dont presque tous lui doivent maintenant la vie. Ils lui tendirent les mains. Les larmes aux yeux, ils la remercient,</p><p>	Les soldats de la vieille Angleterre s’étonnent et ils s’enthousiasment.</p><p>	Ils entourent cette petite fille. Ils l’acclament.</p><p>	Vous dirai-je, ajoute un journaliste, que Mlle Émilienne Moreau a tué de sa propre main cinq soldats allemands; trois avec des grenades et les deux autres avec le revolver d’ordonnance d’un officier anglais.</p><p>	Les trois s’étaient terrés dans une cave d’où ils tiraient sur le poste britannique et refusaient d’en sortir. Les deux, baïonnette au canon, menaçaient sa poitrine. Sans trembler, elle les a laissés s’approcher d’elle et les a abattus comme un vieux soldat.</p><p>	Et cette petite fille de France a des cheveux blonds, un visage menu, un corps gracile et frêle. Une modestie, qui va presque jusqu’à la timidité, est sur toute sa personne. Mais elle a des yeux gris bleu très beaux et très doux. Quand Mlle Émilienne Moreau évoque ses souvenirs – et quels souvenirs! – ces yeux bleus ont des reflets d’acier. En la regardant dans ces moments-là, on comprend mieux de quelle énergie indomptable est douée cette admirable jeune fille qui a un cœur de femme et une âme de soldat.</p><p>	Un officier anglais, qui a vu à l’œuvre cette héroïque et étonnante jeune fille, a dit, contant ses exploits :</p><p>— C’est presque la Jeanne d’Arc du Nord!</p><p>	C’est aussi une vierge forte en même temps qu’une charmante fille de France. Elle est de cette race sérieuse et réfléchie, bonne naturellement, brave jusqu’à la témérité, qui est prête au service de sa vie pour le triomphe de son pays, pour l’honneur des siens et d’elle-même.  </p></div></div></body></text></TEI>
