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<teiHeader><fileDesc><titleStmt><title/><author>Heloise Torck</author></titleStmt><editionStmt><edition><date>2018-01-31</date></edition></editionStmt><publicationStmt><p>unknown</p></publicationStmt><sourceDesc><p>Converted from a Word document</p></sourceDesc></fileDesc><encodingDesc><appInfo><application xml:id="docxtotei" ident="TEI_fromDOCX" version="2.15.0"><label>DOCX to TEI</label></application></appInfo></encodingDesc><revisionDesc><listChange><change><date>2018-02-01T04:41:29Z</date><name>Heloise Torck</name></change></listChange></revisionDesc></teiHeader><text><body><div><div><head>« <ref annotationId="ent_39" target="http://peel.library.ualberta.ca/newspapers/CDW/1912/01/11/4/">Chronique</ref> », Le Courrier de l’ouest, <date annotationId="ent_40" when="1912-01-11" cert="high">11 janvier 1912</date>, p. 3.</head><p>	Est-il trop tard pour donner un adieu à l’année, hier, partie? Il y a de la mélancolie dans toute chose qui finit, et cette mélancolie est plus prenante lorsqu’il s’agit d’une parcelle de temps qui tombe dans l’infini avec trop de substance de nos êtres et de nos rêves.</p><p>	Dans le secret de notre cœur, chacune de nous, est fervente de joie ou de tristesse envers l’année défunte, suivant la part de bonheur ou d’épreuve qu’elle nous donna; toutes, nous lui accordons la douceur d’un recueillement profond et apaisé, et il semble que ce soit politesse due à celle qui nous amena au moins, vivante, au seuil de l’an nouveau. Et vivre, c’est avoir encore la possibilité de lutter et d’espérer, et combien n’auront jamais que ces seules joies? Et le bonheur résiderait-il vraiment dans la conception que nous nous faisons de sa texture? Je lisais dernièrement les jolies lignes d’un philosophe mondain traitant du bonheur. À votre intention, je coupe ce passage où très finement l’auteur a analysé l’état d’âme ressenti par toute femme tant soit peu féminine : </p><p>	« Le bonheur est terrible. C’est l’archange formidable de la vie humaine. Redoutable comme un désastre, il tombe parfois dans nos jours, il va et vient dans notre étroite demeure, il s’y promène avec autorité, et illumine de toutes les couleurs du prisme les pauvres chambres où nous vivons. Il laisse traîner sur le plancher ses grandes ailes fastueuses, Avec un souverain dédain, il prend entre ses mains tout ce qui ornait notre logis, il jette et brise à son gré les bibelots familiers. Parfois, nous voudrions protester, lui crier : épargne, celui-là. Nous y tenons. C’est un ancien souvenir, c’est une fidèle amitié. Mais nous n’osons pas. Comment lui dirions-nous que nous avons besoin d’autre chose que de lui-même? Comme soutiendrions-nous le reproche de son regard fulgurant? Ainsi, nous le laissons faire et bientôt tout est nu, et ses reflets seuls parent les murs, et nous n’avons plus que lui. Alors, il ouvre ses ailes tonnantes et il s’envole.</p><p>	Nulle vie n’est plus déshéritée que celle des victimes du bonheur. Ceux qu’il a abandonnés savent ce que la vie peut-être, ce qu’elle a été pour eux. Et il leur faut rentrer dans l’existence ordinaire, relever les conventions qu’ils ont renversées, s’humilier jusqu’à redevenir comme les autres. Ils sont comme, dans le tableau de Rembrandt, le pauvre et le vieux Tobie, qui, abîmé, sur son seuil, regarde s’enfuir l’Arye, le compagnon prodigieux qui vécut chez lui et qui, maintenant, remonte au ciel comme un météore. Mais s’il est affreux de se souvenir du bonheur, il est doux, au contraire, d’y rêver lorsqu’on ne l’a pas connu. Que de femmes, ainsi, pensent à lui sans préciser ce qu’il est, et ce regret lui donne un secret. Il irise leur vie ordinaire. Ainsi elles peuvent y demeurer sans en être captives, à peu près comme, sans sortir d’une chambre, on se met au balcon. Ainsi elles s’accommodent des plaisirs et elles n’en dépendent point. Et elles peuvent soupirer en respirant un bouquet, et regarder dans le vague, et écouter la musique, et rêver près de leur feu tandis que le crépuscule, dans la chambre où tout se délie, fait flotter les objets comme des méduses. Les femmes savent bien comme il est parfois doux d’être triste quand on n’est pas malheureuse. »</p><p>	Oserais-je vous souhaiter le bonheur, maintenant? Avec toute ma sincérité, je vous souhaite la paix des âmes simples et vibrantes, que le crépuscule n’affole pas d’un remords, et qui vont, lumineuses, vers le devoir auréolé du rêve permis, inaccessible, mais qui fait vivre…</p></div></div></body></text></TEI>
