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<teiHeader><fileDesc><titleStmt><title/><author>Heloise Torck</author></titleStmt><editionStmt><edition><date>2018-01-31</date></edition></editionStmt><publicationStmt><p>unknown</p></publicationStmt><sourceDesc><p>Converted from a Word document</p></sourceDesc></fileDesc><encodingDesc><appInfo><application xml:id="docxtotei" ident="TEI_fromDOCX" version="2.15.0"><label>DOCX to TEI</label></application></appInfo></encodingDesc><revisionDesc><listChange><change><date>2018-02-01T04:49:08Z</date><name>Heloise Torck</name></change></listChange></revisionDesc></teiHeader><text><body><div><div><head>« <ref annotationId="ent_41" target="http://peel.library.ualberta.ca/newspapers/CDW/1914/10/08/3/Ar00302.html">Chronique. Un geste de reconnaissance</ref> », Le Courrier de l’ouest, <date annotationId="ent_40" when="1914-10-08" cert="high">8 octobre 1914</date>, p. 3.</head><p>	Je recevais dernièrement une lettre qui débutait ainsi : « Je suis Belge?... et la plume avait tremblé du frisson indicible en traçant ces lettres, le point d’exclamation s’érigeait droit et fier comme la hampe d’un drapeau – le drapeau de l’honneur que la force barbare ne put faire incliner… “Je suis Belge! et je commence ma missive par ces mots qui, grâce à l’héroïsme de nos soldats, me semblent devoir attirer votre intérêt sur ma requête…” Cette requête, Madame, permettez-moi de l’exposer avec vos mots.</p><p>	“Toute ma famille est en Belgique. Mes parents ont été obligés par la force, de quitter notre ‘home’ et leurs affaires… La maison paternelle est peut-être brûlée à cette heure-ci, et toute l’entreprise de mon père détruite. C’est terrible à penser!... Mes frères et mes cousins sont soldats volontaires et se battent sans doute à l’heure actuelle… Mon mari a terminé son service militaire – après plusieurs années de service actif et de réserve –, mais il s’attendait d’un moment à l’autre à être rappelé. Il serait parti : jamais je n’aurais voulu le retenir… Grâce à Dieu, cette angoisse nous a été évitée! Nous en avons bien assez d’angoisse, en sachant nos aimés, là-bas, dans la fournaise! Si nous n’avions pas eu nos petits-enfants, nous serions partis depuis longtemps : lui, pour redemander du service dans l’armée; moi pour reprendre ma place d’ambulancière diplômée de la Croix-Rouge belge… Mais nos bébés sont là!</p><p>	Au moins aidez -nous Magali, à faire quelque chose pour nos compatriotes de là-bas. L’argent est rare, l’hiver s’annonce dur. Mais notre bonne volonté est grande, et je réponds que nous trouverons quand même quelque chose à donner à nos braves soldats et à leurs familles… N’est-ce pas grâce à eux que notre petit pays sera apprécié comme il mérite de l’être? Nous aimons cent fois plus notre patrie malheureuse que lors de ses jours de bonheur et de prospérité… Et les étrangers vont bien être forcés de partager notre admiration et d’apprendre que la Belgique est la digne jeune sœur de la France, la vieille patrie des Canadiens!...</p><p>	Je sais que l’appel à l’aide de cette amie inconnue pour ceux de son pays est entendu de nos lectrices. Une œuvre d’humaine fraternité s’est fondée au Canada et un comité fonctionne à Edmonton. Tous les dons en nature et en argent sont acceptés. Ces gens, là-bas, sont partis vers la frontière de France tels que le flot roulant de barbares les a chassés devant lui… J’ai, devant mes yeux une photo représentant le pitoyable exode sur une route blanche et dure aux pieds des tout petits. Une femme porte une fillette déjà grande, sous l’effort tout son corps délicat est déjeté; et cependant, elle a passé dans son bras gauche un drap plié aux quatre coins, qui doit contenir un peu de linge. Celle-là a eu le temps d’entrer chez elle, d’ouvrir une armoire, de jeter fébrilement quelques hardes : à l’étape, quelle étape? Elle pourra inspecter ses richesses, se réjouir en retrouvant tel vêtement, telle pièce de lingerie. Mais, cette autre? Elle n’a rien, rien que trois enfants qui se cramponnent à ses jupes, las, exténués, sans chapeau sous le soleil et marchant quand même parce qu’ils SAVENT comment les uhlans traitent les petits. En vérité, cette mère ne possède rien, n’emporte rien que ses trois enfants qu’elle traîne et un paquet tout mince, tout rond : un bébé comme on les emmaillote encore là-bas, dans les premières semaines de leur vie. Et je n’ose pas deviner pourquoi elle semble indifférente aux trois petites têtes qui se lèvent vers elle et pourquoi elle presse sauvagement son petit paquet rond sans paraître craindre d’étouffer une jeune vie… Où ira-t-elle déposer son fardeau si léger et silencieux depuis des heures?... Appartenant à quel groupe? Un garçonnet marche un peu à l’écart, sur la banquette de la route, il est coiffé d’un chapeau de fille et es pieds sont chaussés d’une pantoufle et d’un soulier. Au moment du déclic, le pauvre gamin levait son pied nanti du soulier, un pied que l’on devine meurtri à l’expression du visage. Oh pour celui-là, Madame, pour tous ses petits frères dont les pieds se sont déchirés sur les routes pierreuses, je vous demande les pantoufles qui sont douces aux petits pieds si tendres. Pour les mères, pour les pauvres mères martyres, je vous demande assistance aussi large que votre cœur. Songez que tous ces pauvres vaillants sont disséminés en France, dans un pays appauvri momentanément par le fléau de la guerre, et qu’ils ont besoin de tout : de vivres, de vêtements, de chaussures.</p><p>	Déjà, Mme Hislop, de la ‘St. John Ambulance Association’, a reçu des dons de toute nature et un envoi a déjà été fait pour la Belgique. Souvenons-nous que les Belges sont nos cousins par la langue et qu’ils se sont montré nos frères d’héroïque façon. Aux amies de la campagne qui m’ont écrit dernièrement, sollicitant une idée pour venir en aide aux détresses causées par la guerre, je recommande chaleureusement d’aider à esquisser le geste d’une reconnaissance noblement méritée.</p><p>MAGALI.</p></div></div></body></text></TEI>
