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<teiHeader><fileDesc><titleStmt><title/><author>Heloise Torck</author></titleStmt><editionStmt><edition><date>2018-01-31</date></edition></editionStmt><publicationStmt><p>unknown</p></publicationStmt><sourceDesc><p>Converted from a Word document</p></sourceDesc></fileDesc><encodingDesc><appInfo><application xml:id="docxtotei" ident="TEI_fromDOCX" version="2.15.0"><label>DOCX to TEI</label></application></appInfo></encodingDesc><revisionDesc><listChange><change><date>2018-02-01T04:47:34Z</date><name>Heloise Torck</name></change></listChange></revisionDesc></teiHeader><text><body><div><div><head>« <ref annotationId="ent_52" target="http://peel.library.ualberta.ca/newspapers/CDW/1914/11/12/2/Ar00200.html">Chronique. Les deux races</ref> », Le Courrier de l’ouest, <date annotationId="ent_53" when="1914-11-12" cert="high">12 novembre 1914</date>, p. 2.</head><p>	Il semble que nous soyons saturés d’horreur par les récits des actes de barbarie qu’accomplit en notre vingtième siècle, une race dont on nous a vanté la haute culture et l’intellectualité puissante, et notre indignation, arrivée au paroxysme sombre dans l’écœurement. Pour échapper à ce cauchemar des femmes, des enfants mutilés, des cathédrales éventrées, des blessés martyrisés, voulez-vous que je vous dise – avec des mots qui ne seront pas miens tant j’ai crainte que ces pauvres miens trahissent ma bonne volonté – voulez-vous que je vous dise ce que sont les nôtres, les soldats de la doulce France héroïque, le pays de la chevalerie et de la belle humeur? </p><p> 	À dessein, je choisis deux anecdotes très simples, sans flafla : un rien, un geste français. Le premier, on l’a cité à l’ordre du jour et je copie la citation : </p><p>	« Le 14 septembre, ayant reçu de son général de brigade, dans un moment très critique, l’ordre de résister sur place et à outrance à une attaque de l’ennemi, dirigée sur un pont, le chef de bataillon Pénicot a répondu : “C’est bien, on résistera; et maintenant pour mot d’ordre : LE SOURIRE.” A été tué quelques instants après par un éclat d’obus à son poste de commandement. » Et le journaliste auquel j’emprunte ces lignes ajoute : « Pour mot d’ordre : le sourire! Ce n’est pas là du Cyrano de la porte Saint-Martin, une phrase dite entre cour et jardin à Roxane, devant le trou du souffleur, mais une réplique de champ de bataille, dans la fournaise, sous la mitraille, avec la mort comme partenaire. Mon colonel, vous êtes parti avec le sourire, à la française, aussi magnifiquement que le plus illustre de vos devanciers au temps de Clisson, de Turenne, de Hoche ou de Napoléon… La France entière va répéter ce mot radieux pieusement, allègrement aussi, comme vous l’avez dit vous-même, en saluant, de l’épée : elle vous sourit à travers ses larmes…</p><p>	Il faudra, un jour prochain, composer un recueil de tous ces hauts faits épars, pour en réunir le faisceau lumineux : lectures pour tous de demain! Monument unique élevé par eux-mêmes à la gloire de nos héros! Livre d’or sans pareil, qui attestera la vaillance et le patriotisme d’une vieille race toujours jeune, que ses ennemis représentaient comme épuisée par de trop longs siècles de gloire! »</p><p>	Voilà comment ils meurent…</p><p>	Et ceux que la Providence conserve pour la gloire de nouveaux combats, ceux que l’on ramasse et emporte, corps meurtris, membres broyés, poitrines traversées, ceux-là voulez-vous savoir comment ils guérissent? Voici :</p><p>	« Il y a dans ma salle, dit une infirmière dans ses notes, plusieurs convalescents, déjà, tous des zouaves, qui vont et viennent, descendent faire leur toilette (oh! la bonne eau fraîche à volonté!) et vont se promener dans le jardin…</p><p>	Ah! Dame, cela ne va pas encore tout seul. Les bras en écharpe et les jambes bandées ne permettent pas de grandes évolutions… N’importe, on s’entraide, on boîte un peu, on s’appuie sur des cannes; bref les voilà en balade le long des allées.</p><p>	Ce que je voudrais pouvoir dépeindre, c’est le pittoresque de leur tenue. Ils sont arrivés, les pauvres, avec leur large culotte de toile à plis. Cette culotte est au blanchissage. Ils ont maintenant le pantalon blanc ou gris réglementaire. Les blessés au bras ou au torse, ne pouvant mettre leur petit boléro pimpant ni endosser commodément la robe de chambre de l’hôpital, voici ce qui est arrivé : les religieuses qui nous ont donné l’hospitalité dans les spacieux bâtiments de leur ouvroir (vide aujourd’hui des pensionnaires travailleuses), les religieuses, dis-je, ont, un soir, ouvert un large placard et en ont sorti… les longues capes d’hiver de leurs “enfants”. Ces vêtements, amples et chauds, ont eu un succès unanime auprès de tous nos “grands enfants” à nous. Ils se sont aussitôt drapés fièrement dans les pelisses douillettes qui avaient jusqu’alors protégé du froid les seules grâces pudiques des cousettes d’orphelinat.</p><p>	À cet ensemble : large pantalon un peu court, longue pèlerine à plis flottants, il faut ajouter ce qui couronne le tout : la chéchia. Ah! Leur chéchia! Ils sont tous revenus avec ce petit morceau de drap rouge roulé qui les coiffe si crânement. Ceux qui l’avaient égarée dans le tumulte, émotionné de leur arrivée à l’hôpital ont bien su la retrouver et ils l’ont vite caressée d’un soigneux nettoyage, d’un retapage minutieux… </p><p>	“Voilà, prêt à repartir!” comme ils disent. Car ils ne pensent qu’à cela, les glorieux éclopés!</p><p>	Dans l’uniforme fantaisiste que je viens de décrire, ils se promènent donc. D’une fenêtre de ma salle, d’où je les aperçois, je vois un visiteur qui vient vers eux, muni d’un appareil photographique… Ils s’installent, prennent des chaises, se groupent… puis, un bref conciliabule et l’un deux, le plus agile, part en courant. La porte de ma salle s’ouvre et un petit zouave, de Marseille, m’explique, volubile, de l’accent que l’on sait :</p><p>— Hé, vite, madame, il y a là un homme qui va nous « prindre » en photographie, venez vous mettre « avé » nous bien sûr!</p><p>Électrisée par sa verve, je descends, je rajuste en hâte ma coiffure qui s’envole, j’arrive au milieu d’eux et…</p><p>— Ne bougeons plus… Une, deux… Ça y est.</p><p>Quand je remonte dans ma salle, je vois tout de suite que mes pauvres consignés par force sont un peu tristes : ils n’ont pas été photographiés eux!</p><p>	Patiente, ô chers “grands blessés”, déjà mieux portants, patience. Vous aussi, bientôt, vous descendrez et on vous prendra en pose »</p><p>Dans ce récit atténué par la modestie de celle qui écrit et par le voisinage de trop de souffrance, quel souffle de bonne humeur néanmoins on sent passer et quelle dose de sollicitude et de dévouement on devine dans le cœur de cette femme pour ses « grands enfants »…! Pour l’honneur de l’humanité et la fierté future des générations à venir.</p></div></div></body></text></TEI>
